Arrets maladies et retraite : comment sont-ils pris en compte ?

Un chiffre sec, sans fard : plus de deux millions de salariés s’absentent chaque année pour cause de maladie, parfois bien au-delà de deux mois d’affilée. Derrière cette statistique, une question redoutable : quel impact sur la retraite ? Le flou persiste, les règles se croisent et se contredisent selon les cas. Pourtant, chaque arrêt infléchit la trajectoire des droits, parfois bien plus qu’on ne l’imagine.

Quand la maladie impose un long arrêt, la mécanique administrative se met en marche, souvent à bas bruit, mais avec des conséquences durables. Si l’absence dépasse 60 jours d’un trait, la validation des trimestres pour la retraite peut s’interrompre, sauf pour certaines affections de longue durée. Dans ce cas, la Sécurité sociale prend le relais, mais ses indemnités journalières ne sont pas systématiquement prises en compte pour le calcul du salaire annuel moyen, ce fameux chiffre qui pèse lourd dans le montant de la pension.

Des dispositifs existent pour atténuer l’effet de ces coupures, mais tout dépend du régime de retraite concerné et de la durée de l’arrêt. Chaque règle, chaque nuance, façonne la durée d’assurance et, parfois, rogne le montant final de la pension.

Arrêts maladie et retraite : une interaction souvent méconnue

Les arrêts maladie ne se résument pas à une simple disparition temporaire du bureau. Qu’ils soient prescrits pour une maladie ordinaire, une pathologie liée au travail ou un accident, leur impact sur la retraite reste, pour beaucoup, un territoire inconnu. La réforme des retraites n’a rien simplifié : les règles évoluent, les situations particulières se multiplient.

La façon dont ces arrêts sont pris en compte dépend justement de leur origine. Qu’il s’agisse d’un arrêt maladie classique, d’une maladie professionnelle, d’un accident du travail ou d’une affection longue durée (ALD), il est possible de valider des trimestres pour la retraite de base et d’obtenir des points de retraite complémentaire. Quatre trimestres par an peuvent être validés grâce aux indemnités versées par la Sécurité sociale, mais uniquement pour des arrêts supérieurs à 60 jours. Ces trimestres sont dits « assimilés » : ils n’ont pas le même poids qu’un trimestre cotisé.

La CPAM ou la MSA interviennent pour reconnaître la maladie professionnelle ou l’accident du travail, ce qui conditionne les droits à la retraite. À noter : sauf maintien de salaire par l’employeur, les indemnités journalières ne rentrent pas dans le calcul du salaire annuel moyen pour la pension de base.

Arrêts maladie et retraite : un duo indissociable, mais régulé par des règles subtiles qui imposent une vraie vigilance, surtout quand approche l’heure de constituer son dossier auprès de la caisse de retraite. La dernière réforme a encore resserré les mailles du filet : désormais, connaître en détail la nature et la durée de chaque arrêt devient incontournable pour anticiper l’effet sur la pension future et la validation des trimestres.

Quels droits à la retraite pendant une période d’arrêt maladie ?

Un arrêt maladie ne met pas la carrière entre parenthèses pour la retraite de base. Dès que la coupure atteint plus de 60 jours consécutifs, elle ouvre droit à un trimestre assimilé pour chaque tranche de 60 jours indemnisés, dans la limite de 4 par an. Ces trimestres pèsent dans la durée d’assurance, mais ne comptent ni pour la surcote ni pour la retraite anticipée « carrière longue » : dans ce cas, seuls 4 trimestres assimilés sont retenus.

La retraite complémentaire suit une logique différente. Les points Agirc-Arrco acquis pendant l’arrêt maladie sont calculés à partir du stock de points engrangé l’année précédente. Impossible de dépasser ce plafond, quelle que soit la durée de l’arrêt ou son origine, professionnelle ou non.

En cas d’accident du travail causant une incapacité d’au moins 20 %, il est possible de partir en retraite anticipée à taux plein dès 60 ans. Pour les arrêts maladie qui se prolongent au-delà de trois ans, la situation bascule : la pension d’invalidité prend le relais, la validation des trimestres s’interrompt, mais certains droits sont préservés.

Pour mieux comprendre les conséquences concrètes de ces règles, voici trois points à retenir :

  • La date de départ à la retraite n’est pas repoussée à cause d’un arrêt maladie.
  • Pour les carrières longues, seuls 4 trimestres assimilés sont pris en compte.
  • Les points de retraite complémentaire sont plafonnés, sans effet bonus.

Chaque régime applique ses propres règles pour intégrer ces périodes dans le calcul des droits, ce qui impose une attention particulière lors du suivi de carrière.

Conséquences concrètes sur le calcul de la pension et la validation des trimestres

Chaque arrêt maladie s’invite dans le calcul de la pension retraite, parfois là où on s’y attend le moins. Dès que la Sécurité sociale verse des indemnités journalières pendant plus de 60 jours consécutifs, cette période permet de valider un trimestre assimilé pour la retraite de base, dans la limite de quatre par an. Ces trimestres sont utiles pour la durée d’assurance, mais ne se transforment jamais en trimestres cotisés : ils n’augmentent pas la surcote et n’ouvrent pas la porte à une retraite anticipée carrière longue au-delà du plafond fixé.

Le calcul du montant de la pension devient vite technique. Les indemnités journalières ne sont pas prises en compte pour le salaire annuel moyen : une absence de plusieurs mois peut donc éroder ce salaire de référence et réduire, au final, la pension. Mais si l’employeur décide de maintenir le salaire, la période continue à alimenter le salaire moyen. Ce maintien constitue un vrai levier, souvent négligé, pour préserver ses droits.

Du côté de la retraite complémentaire, l’attribution de points repose uniquement sur le niveau atteint l’année précédente. Impossible d’accroître le score par une longue période d’absence, quel qu’en soit le motif, accident, maladie professionnelle ou autre.

Pour mettre en regard les particularités selon la situation, le tableau ci-dessous propose une synthèse claire :

Période concernée Validation trimestres Points complémentaires Impact sur le salaire annuel moyen
Indemnités journalières (arrêt maladie) Oui, assimilé (max 4/an) Oui, plafonné Non
Maintien de salaire par l’employeur Oui, cotisé Oui Oui

La cause de l’arrêt n’entraîne pas de différence : maladie ordinaire, maladie professionnelle, accident du travail ou ALD, la mécanique est identique. La récente réforme des retraites a standardisé le traitement tout en conservant des subtiles nuances selon que l’on relève du privé ou du public.

Homme plus age dans la cuisine notant des dates sur un planner

Conseils pratiques pour limiter l’impact d’un arrêt maladie sur votre future retraite

Préserver ses droits à la retraite durant un arrêt maladie suppose une bonne dose de vigilance. Premier réflexe : s’assurer que le salaire est maintenu, si possible. Nombre de conventions collectives prévoient cette garantie, souvent déterminante pour préserver un salaire annuel moyen correct et éviter de voir la pension chuter. Quand la fiche de paie reste stable malgré l’absence, l’avenir se construit de façon plus sereine.

Autre stratégie possible : le recours à la retraite progressive. Ce dispositif autorise à toucher une partie de sa pension tout en continuant à travailler à temps partiel. Même en cas d’arrêt temporaire pour raison de santé, la pension reste versée et la constitution des droits se poursuit. Cela apaise les creux de carrière et consolide la protection à long terme.

Pour gérer au mieux ses droits tout au long d’un parcours marqué par un arrêt maladie, il vaut mieux adopter ces bonnes pratiques :

  • Contrôler régulièrement son relevé individuel de situation afin de repérer rapidement l’enregistrement des trimestres assimilés et des points de retraite complémentaire.
  • Étudier l’opportunité d’alimenter un plan d’épargne retraite (PER) pour compenser des années moins favorables à cause d’un arrêt prolongé. Les versements volontaires apportent une soupape de sécurité, notamment en cas de parcours professionnel accidenté.

Il est prudent de contacter la caisse retraite ou l’assurance maladie pour vérifier l’exactitude de la prise en compte des périodes. Parfois, une absence mal enregistrée fait apparaître des lacunes. Ce type d’écart mérite une correction sans tarder, bien avant d’arriver à l’échéance.

Ne négligez jamais la conservation des documents médicaux : pour toute reconnaissance de maladie professionnelle ou d’accident du travail, ils ouvrent droit à des mesures particulières, comme la possibilité de valider plus de trimestres ou d’anticiper son départ.

Au final, chaque arrêt maladie laisse sa trace sur un relevé de carrière. Savoir décoder les règles et agir de façon avisée, c’est écarter les mauvaises surprises et s’assurer d’une retraite à la mesure du parcours accompli.