Des entreprises qui tirent déjà la langue sur le plan financier parviennent à décrocher un Prêt Garanti par l’État, pendant que d’autres, pourtant plus stables sur le papier, voient la porte se refermer. Les établissements bancaires ne se contentent pas des règles officielles : ils ajoutent volontiers leur propre lot d’exigences, parfois plus strictes que celles dictées par Bercy. Conséquence, des dossiers similaires peuvent connaître des issues diamétralement opposées, acceptés ici, repoussés là-bas.
La durée de remboursement peut s’étendre jusqu’à six ans, mais tout se joue dans la négociation avec votre banque. Chaque réseau a ses habitudes : certains se montrent ouverts à l’assouplissement, d’autres restent intransigeants. Si le dossier laisse à désirer, l’instruction s’enlise, les délais s’allongent.
Comprendre le prêt garanti par l’État : principes, objectifs et fonctionnement
Le prêt garanti par l’État, ou PGE, s’est imposé comme une réponse immédiate au cœur de la crise sanitaire de 2020. Son objectif ? Donner de l’oxygène à toutes les entreprises françaises, des plus petites aux plus structurées, pour tenir face à l’effondrement de leur trésorerie. D’un point de vue technique, l’État s’engage à garantir 90 % de la somme empruntée. La banque reste responsable des 10 % restants, d’où sa prudence lors de l’étude du dossier.
Ce mécanisme découle de la loi de finances rectificative, sous la houlette du ministère de l’économie et des finances. La validation de la garantie est assurée par Bpifrance Financement SA : sans leur feu vert, impossible d’accéder à ce filet de sécurité. Ce système concerne aussi bien les TPE, PME que les ETI, à condition de présenter une situation financière saine au 31 décembre 2019, selon les critères européens.
Le taux d’intérêt a été fixé pour rester accessible, dans l’esprit d’un soutien d’urgence. La première année, seules les charges financières et le coût de la garantie sont à régler. Ensuite, le remboursement peut s’étaler jusqu’à six ans, ce qui offre la possibilité de reprendre son souffle et de préserver la dynamique d’investissement.
Une mobilisation d’une telle ampleur a nécessité une coopération inédite entre banques commerciales, Bpifrance et pouvoirs publics. Plus de 145 milliards d’euros ont ainsi été injectés dans l’économie via ces prêts garantis État. Ce chiffre impressionnant témoigne de l’ampleur du choc subi par les entreprises françaises.
Qui peut bénéficier d’un PGE et comment constituer un dossier solide ?
Le PGE a été conçu pour soutenir l’ensemble du tissu entrepreneurial français. Toutes les entreprises françaises sont concernées, quelle que soit leur dimension, du micro-entrepreneur à l’ETI. Un premier critère incontournable : ne pas être en procédure collective au 31 décembre 2019. Pour les sociétés dont le chiffre d’affaires reste sous la barre de 1,5 milliard d’euros, le circuit passe par la banque commerciale. Au-delà, le dossier est instruit par la Banque de France ou la direction générale du Trésor.
La décision finale appartient à la banque, qui s’appuie notamment sur la cotation Banque de France pour jauger la solidité de l’entreprise candidate. La relation avec le chargé d’affaires, l’historique de gestion du compte, la robustesse du business plan : tout entre en ligne de compte. Pour mettre toutes les chances de son côté, il vaut mieux présenter un dossier structuré, avec les éléments suivants :
- Un résumé clair et synthétique du modèle économique
- Un état actualisé de la trésorerie
- Des projections d’activité et de masse salariale
- Au besoin, un plan d’action détaillé pour passer une période difficile
L’attestation Bpifrance se demande directement en ligne, puis doit être transmise à la banque. En cas de refus, la médiation du crédit peut servir de recours. Ce dispositif se révèle particulièrement utile pour les TPE PME confrontées à un blocage dans leur accès au crédit bancaire. Miser sur la lisibilité des informations et anticiper les besoins financiers reste la meilleure stratégie pour convaincre la banque et obtenir l’aval de Bpifrance.
Anticiper le remboursement : enjeux, options et conseils pour les entreprises
Pour de nombreuses entreprises, le temps du remboursement du PGE approche. Cette échéance va peser lourd sur la suite de leur trajectoire. Le prêt offre une période de différé pouvant aller jusqu’à deux ans. Une fois ce délai écoulé, il faut choisir : régler la totalité de la dette ou étaler le remboursement sur une période allant jusqu’à six ans. Les taux d’intérêt restent généralement attractifs, mais chaque banque applique ses propres modalités. L’enjeu : préserver la trésorerie tout en maîtrisant le coût total du crédit.
Il convient d’estimer sa capacité réelle à suivre le calendrier de remboursement. Un faux pas peut entraîner des conséquences sérieuses : procédure collective, plan de sauvegarde, voire redressement judiciaire. Les dispositifs d’accompagnement existent, mais ils s’accompagnent souvent de coûts humains et financiers considérables. S’appuyer sur l’expertise de son expert-comptable, dialoguer étroitement avec son banquier, mettre à jour son plan de financement et bâtir des prévisions de trésorerie solides permettent d’éviter les dérapages.
Si l’activité tarde à redémarrer, plusieurs pistes s’offrent à l’entreprise :
- Renégocier les conditions du prêt avec la banque
- Étudier d’autres solutions comme le lease-back ou le crowdlending
- Solliciter, en dernier recours, le Fonds de Développement Économique et Social (FDES)
Gérer le remboursement du PGE impose de garder la trésorerie sous contrôle. Dans un contexte toujours incertain, piloter finement ses équilibres financiers devient un réflexe défensif. Ajuster le calendrier de remboursement à la situation réelle, sans systématiser les reports, c’est aussi protéger ses chances de rebond. La sortie du PGE ne ressemblera pas à une balade paisible, mais elle peut marquer le coup d’envoi d’un nouveau départ pour l’entreprise.


